Billet d’humeur

La mystérieuse histoire d’un pressentiment collectif…

13 avril 2020

Lundi 13 avril. Jour 28 du confinement. En plein…ennui (bon bah comme d’hab depuis quelques semaines quoi), je suis attaquée par une pensée évidente. Mais c’est bien sûr !! Tout ça, nous l’avions pressenti !! La preuve ?? 

Simple, évidente, formelle, irréfutable. La preuve est juste là. Sous mon nez.

Mais siiii ! Rappelez-vous !

C’était il y a quelques mois, au temps jadis, quand vous pouviez en toute nonchalance vous coller sous les aisselles de vos congénères dans le métro, rouler des pelles à qui vous vouliez, vous la jouer collés-serrés dans le rayon bio du Franprix du bout de la rue. Quand vous portiez des vêtements, des soutifs, des talons, du maquillage (pour une partie d’entre nous j’entends hein). Quand vous vous épiliez. Quand vous pouviez dépenser des centaines d’euros dans…euh…dans…bein en fait, vous savez plus…ça devait pas être si essentiel…

Quand vous alliez au théâtre, au cinéma, voir des spectacles de danse, vous trémousser en boîte, sauter et hurler dans des salles de concert.

J’arrête là. Vous voyez l’principe quoi ! Vous vous rappelez ??

Alors, ouais, je sais, ça demande un louuuuurd effort de mémoire, mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que ce qui va suivre aurait dû nous mettre la puce à l’oreille.

Je vous donne quelques indices…

La préparation du réveillon du 31 décembre 2019. Non ?

Le réveillon du 31 décembre 2019…Non ? Toujours pas?

Les minutes qui ont suivi ce réveillon…les heures…voire les jours…Toujours rien ? 

RIEN justement !

Souvenez-vous, nous sommes nombreux.ses à s’être pourtant fait la remarque ! RIEN ! Pas de sms, d’appels (ou si peu). Aucune envie cette année de souhaiter la bonne année à nos proches ou alors vrrrrraiment aux incontournables, ceux.lles à qui on ne peut aucunement échapper sous peine d’être rayé.es du testament filial.

RIEN les amis ! Personne cette année n’avait le “goût” de souhaiter les n-ièmes souhaits vides de sens. La saveur s’en était allée, et aucun.e d’entre nous n’arrivait à expliquer pourquoi… Plus de 35 ans (suis sympa 😉 ) qu’on le fait…plus de 35 ans qu’on se force à trouver une formule personnalisée, originale, qui arrive un tant soit peu à faire vibrer le coeur de nos êtres aimés. Plus de 35 ans qu’on se casse la nouille à formuler des paroles auto-réalisatrices, des grigris moisis, des trucs et astuces pour faire passer la pilule d’une année supplémentaire à se manger. D’une année supplémentaire à en baver. D’une année supplémentaire à lutter.

Mais pas cette fois.

Cette année, pour la première fois, on a tous.tes lâcher l’affaire, ou presque. On a tous.tes décidé que “han..pfff…mmm..ma foi…tant pis ! Ils.elles s’en remettront !”

Moi je crois que c’est parce qu’on le pressentait…

Je crois qu’au fond de nous, comme un pressentiment collectif, comme une intuition commune, comme une préscience générale, comme un flair animal de notre humanité partagée, on savait…

On savait que cette année ne serait pas tout à fait comme les autres…

Alors j’y lis comme une semi bonne nouvelle

Semi 1/2 : on est sur la bonne voie les gars. La bonne nouvelle, c’est que visiblement, nos antennes sont pas complètement hors d’état de marche…

Semi 2/2 : …et la moins bonne, c’est qu’on arrive vraisemblablement pas encore tout à fait à interpréter correctement les signes avant-coureurs 😉 On est des tout jeunes Padawan inexpérimentés.

Personne (ou alors filez-moi son numéro, je cherche encore et toujours des bon.nes voyant.es 😉 ) n’aurait pu prévoir que quelques semaines à peine après, toutes nos vies seraient bouleversées et que la moitié de l’humanité serait confinée.

Alors si j’ai un modeste conseil à nous faire, c’est peut-être de profiter de cette période extra-ordinaire, où la fiction a définitivement mis une énoooorme branlée à la réalité, pour se reconnecter. Pour aiguiser ces petites antennes communes. Ces petites antennes qui nous relient au reste de  l’humanité. Ces petites antennes qui, ensemble, ont un pouvoir sous-estimé. Le pouvoir du bon sens retrouvé, de la solidarité, de la quête à l’essentiel et à la sobriété, le pouvoir de la créativité et de la valeur des métiers manuels réhabilités …

Peut-être, je dis bien peut-être…que la prochaine fois, on sera prêts…

Après tout, on a le temps, on peut toujours rêver…

 

Crédit photo : ©Hannah Jacobson

 

 

 

 

 

Il était une fois… 2019